Asmae El Moudir: Le cinéma lui appartient

Asmae El Moudir est réalisatrice et productrice. Elle a surtout beaucoup de choses à dire et ces choses, Asmae les dit toutes sans retenue.

D’une maturité impressionnante et d’une intelligence fascinante, elle est en apparence un papillon. Mais lorsqu’elle s’exprime, on a affaire à un dragon.

Asmae n’est pas tombée dans le cinéma par hasard. « Dès l’âge de quatorze-ans, je savais déjà et exactement ce que je voulais faire », raconte-t-elle à la MAP.

Créer de l’image pour combler l’absence d’image. C’est là l’une des principales raisons qui ont poussé la jeune réalisatrice à envisager une carrière dans le cinéma.

Petite, les seules photos que possédait Asmae étaient celles de sa carte nationale et de sa carte d’étudiante.

« Nous n’avions pas de photos d’enfants, parce que ma grand-mère ne les aimait pas trop », se souvient-elle, expliquant que celles-ci n’avaient pas une grande importance au sein de sa famille et qu’elles n’ont jamais fait l’objet de discussions.

Asmae, qui révèle d’ailleurs ne pas posséder « beaucoup de photos » d’elle, enfant, nous confie, sourire en coin, que « la première chose » qu’elle s’est offerte a été « un appareil photo jetable ».

Elle s’est par la suite initiée au théâtre, à la philosophie, ainsi qu’à la littérature et puis un jour, elle a annoncé à son père qu’elle voulait se consacrer au cinéma. Une décision que sa famille n’a, à aucun moment, contesté.

« J’ai fait ce que je voulais et j’en suis fière, parce que mes parents n’ont pas intervenu dans mes choix. Ils ne m’ont rien proposé et ne m’ont rien imposé », nous dit Asmae qui, grâce au soutien de sa famille, s’est toujours sentie « libre de ses décisions ».

Essentiellement inspirée par ce qui se passe dans la vie, la jeune artiste, qui a réalisé de nombreux documentaires et fictions, puise ses idées « dans les taxis, les trains et auprès de personnes âgées ».

Aussi, elle trouve un plaisir particulier à collaborer avec des acteurs non-professionnels. « J’aime que l’histoire soit racontée par la personne qui l’a vécue, indépendamment de son niveau culturel ou intellectuel » et ce, sans avoir « à l’inventer, à la recréer ou à la reconstituer par le biais d’acteurs », révèle-t-elle.

Car s’il est vrai que le réel est ennuyeux, les acquis et éléments cinématographiques « interviennent justement pour l’apaiser », affirme Asmae.

L’essentiel, souligne-t-elle, aussi bien au niveau du documentaire que de la fiction, c’est que le projet cinématographique soit porté par le « langage de la personne qui l’a vécu ».

Et ce sont ces projections qui permettent de faire du cinéma simple. Ce cinéma simple, Asmae lui voue une admiration particulière et le retrouve dans l’univers de Hakim Belabbes, « son idole ».

« C’est quelqu’un qui travaille avec les simplicités », s’exprime-t-elle avec émerveillement. « Il va toujours vers ce qu’il a vécu, ce qu’il ressent et c’est comme ça qu’il crée de l’émotion », lance-t-elle, ajoutant, dans ce sens, qu’ »il n’existe pas de films sans émotions et on ne peut pas forcer l’émotion ».

Lorsque nous abordons la question des difficultés, Asmae nous répond avec spontanéité et sans aucun complexe: « Oui, au début. C’est sûr ! ».

Toutefois, pour elle, la réelle difficulté a été de convaincre les investisseurs à lui faire confiance.

« Quand tu es jeune, que tu as une passion et que tu es habité par le cinéma, la vraie difficulté c’est de trouver une personne prête à mettre son argent et son matériel dans ton film », dit-elle.

A part ça, il n’y a pas d’autres difficultés et « décidément pas en relation avec le fait d’être une femme », assure la jeune réalisatrice.

Qu’il soit réalisé par la femme ou par l’homme, « il n’y a qu’un seul cinéma. Il est universel et son langage est l’image », estime la jeune réalisatrice avec un ton sûr et tranchant, notant que « personne dans le milieu ne peut interdire à qui que ce se soit de faire du cinéma, homme ou femme ».

« Il y a la critique et la critique ne fait pas de discrimination. Elle concerne tous les films », soutient Asmae.

« Si l’on peut dire qu’un réalisateur ou une réalisatrice sont mauvais, l’on ne dira jamais qu’un film est mauvais parce qu’il a été fait par une femme », conclut cette réalisatrice persévérante et déterminée.

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